Pourquoi on devient psy 10 – Du Paradis en Enfer 0

Toute l’avenue Louise est placardée d’affichettes annonçant le bal du bourgmestre. Cela me rend très fière, car ce sont mes affichettes , c’est mon projet, c’est moi qui ai remporté le concours …mais comme récompense je devrai me contenter de ce statut honorifique et  d’un carton d’invitation à cette manifestation prestigieuse qui a lieu dans l’immense salle Arlequin au moins 1 de la gallérie Louise … fouw

Je ne suis pas en manque de vêtements, ma mère a toujours veillé au grain…

mais je n’ai pas encore de robe du soir !  À l’idée de me faire une robe longue, ma mère s’anime…c’est normal, j’entre dans son univers, elle va pouvoir mettre en valeurs ses compétences et je sens qu’elle a envie de se rapprocher de moi par ce biais-là. Je la regarde et je suis séduite par ses idées, sa créativité,  ses déductions judicieuses, par ses prises de décisions rapides …je suis surtout séduite par la personne , c’est une vraie chef d’entreprise. Depuis 12ans qu’elle a arrêté son atelier de confection pour aider mon père à monter son job elle s’est éclipsée derrière lui. Elle est devenue une bonne ménagère au service de l’Homme …celui qui fait  bouillir la marmite ! Alors elle a pris à cœur de faire de lui un homme  élégant …irréprochable . J’ai le souvenir d’une mère qui repassait des montagnes de chemises blanches , il était fréquent  que mon père en mette 2 sur la journée …et les cols de chemises, que voilà une aventure…elle prétendait qu’un col dur donne de l’autorité à celui qui le porte . Alors elle passait des heures à glacer les cols avec un fer à boule brûlant . Elle était tout aussi exigeante pour ses costumes qui occupaient toute une penderie . Elle entraînait mon père deux fois par an chez un grand tailleur de la rue des Fripiers pour l ’achat d’un costume d’hiver et un costume d’été ? Je l’entends encore dire : «  moi m’habiller ça ne me coûte rien , je connais toutes les bonnes adresses en matière de fournitures  et je fais mes vêtements moi-même. Alors on a de quoi payer des costumes sur mesure à ton père » .

Durant tout un après midi, nous avons ma mère et moi feuilleté des magazines de mode,

c’était plaisant et inattendu…nous sommes parvenues à installer un climat de connivence fait de rires parsemés de clins d’œil…ça ne manquait pas de drôleries, elle anticipait la soirée prestigieuse en la ridiculisant quelque peu  et elle mettait l’accent avec humour sur tous méfait que je pourrais éventuellement rencontrer . On peut dire qu’elle m’avait préparée à entrer dans l’inconnu ! Merci Maman ! Cette leçon de choses m’a énormément servi tout au long de ma vie …j’anticipe tous les événements, je me projette constamment dans le futur …et maintenant en écrivant ces lignes je pense bien que c’est elle qui m’a appris cela , ce jour là.

Trois jour plus tard, samedi matin , nous nous retrouvons rue neuve

devant une marchande ambulante qui pousse une charrette chargée de tissus . La femme à les yeux inquisiteurs, elle redoute la police . Ma mère qui a connu la pauvreté préfère s’approvisionner à la charrette, primo parce que c’est moins cher qu’à la « Maison Dorée » et surtout  cela permet à cette pauvresse de manger à sa fin . Sans la moindre hésitation ma mère commande 20 mètres de jersey de soie , d’un blanc immaculé, presque lumineux ….elle a décidé de me faire une robe drapée à la grec dont le haut du corsage sera garni de pierreries dans un camaïeu de turquoises.

Ma robe a fait sensation, j’étais fébrile en descendant le grand escalier,

tous les yeux se sont tournés vers moi …j’ai adoré cela , ça fait monter l’adrénaline et ça n’enlève pas les qualités humaines de la personne…..je me suis sentie récompensée ….car je n’étais pas n’importe qui, j’étais la fille de 19 ans qui avait créer l’affiche de cette somptueuse manifestation.

On dit que la vie obéit à des cycles…

alors quand on est à l’apogée de ses désirs Existentiels …il ne faut pas perdre de vue que la roue tourne …….On pourrait se demander : à quoi cela sert-il ? Et bien, à nous faire évoluer, je pense ! Quand tout est parfait plus rien ne se passe , la routine s’installe et l’ennuis pointe le bout se nez …qui appelle à sa rescousse sa petite cousine : la déprim’…..qui déteint sur le corps qui se met en arrêt maladie….ce qui rend le cerveau imperméable à toutes remises en question …la frustration était tellement grande on rend la terre entière responsable de notre déconvenue…comme elle ne comprend pas tout de suite on exprime de la haine et de la colère ….qu’elle ne veut toujours pas entendre…alors on retourne cette haine et cette colère contre soi …et on détruit sa vie.

Et la roue avait commencé sa descente … au quotidien tout était plus difficile.

Mon père avait l’obsession de ne pas avoir le temps de terminer le réaménagement de la maison . Il projetait d’y installer un chauffage central en passant par les souterrains  qui reliaient notre bâtiment à une espèce d’abaye à Dilbbek . Et c’est comme cela qu’on s’est retrouvé avec un sol éventré sur 2metres de profondeur suivi de galléries souterraines dans lesquelles mon père s’est aventuré sur 1 km et est revenu bredouille….. et 10 fois plus curieux encore qu’à l’allé. Cela a duré des mois et mon père se plaignait de plus en plus de son bras gauche qui lui jouait des tours  .Puis vinrent les vacances de Pâques et ma mère insistat pour  passer 15 jours dans notre maison à Alle sur Semois afin de décompresser et prendre du repos . Là mon père se sentait bien, il était chez lui dans son village avec sa mère qui occupait la villa jumelée à la notre . C’était son cadeau à sa mère pour laquelle il avait une grande admiration . Voilà   m’man ici tu seras bien, c’est pour toi .  Alors elle se blottissait dans les bras de son fils chéri et en silence les larmes coulaient sur ses joues.

Durant les week end à Alle s’était la fête,

mon père avait renoué avec tous les anciens maquisarts encore en vie , alors les samedis soirs étaient copieusement arrosés pour rafraichir les mémoires oubliées . Cela sécurisait très fort ma mère qui dormait sur ses deux oreilles parce qu’elle ne voyait pas de femmes dans les parages , si ce n’est que des amourettes de jeunesse depuis longtemps refroidies . Mais un diable aux yeux lubriques et à la  fourche pointue avait investi le village depuis quelque temps sans que ma mère ne s’en aperçoive…  en la personne d’une certaine Mimie qui s’était jurée d’avoir un jour mon père dans ses bras.

Plus d’une fois j’ai surpris mon père avec un petit garçon sur les genoux ….

quand il entrait comme chez lui dans l’arrière cuisine du magasin  d’alimentation ? il disait : tiens voilà le « SMILBLIK »  et le petit se précipitait dans ses bras . Ca me faisait tout bizarre , lui qui ne m’avait jamais prise sur les genoux …mais je me disait : bof il apprend à devenir un grand père  et ma tête pensait à autre chose. Ce samedi de Pâques 1961 , le malin avait décidé de se faire un petit pocker  pour se mesurer à la force de la vie . L’alcool aidant il n’avait eu aucun mal à titiller mon oncle , le frère de mon père qui était d’une jalousie morbide à son égard …cela faisait 47 ans que cela durait , le jour de la naissance du plus petit qui allait prendre sa place et qui possédait plus de moyens de séduction pour y arriver . Maurice avait eu toutes les filles du village et lui pas une ….un jour il faut payer ! La manière d’envoyer la facture fut de révéler en public que Maurice était le père du SMILBLIK … Il s’en est suivi un déluge apocalyptique …ma mère s’est effondrée et deux camps se sont affrontés , il y avait ceux qui défendaient Maurice pour tout ce qu’il représente et il y avaient ceux qui timidement se rapprochaient du colonnel , c’est à dire mon oncle …parce que  timidement …ils  ressentaient  une petit pointe de jalousie envers ce Maurice tellement gâté par le vie. Au bout de plusieurs heures de palabre, d’engueulades et de cassages de gueules dans la grande salle du café de la place …mon père a levé son verre en signe d’armistice ………………..le verre a quitté sa main droite , il s’est brisé sur la table en marbre et son corps tout entier s’est effondré sur la gauche emportant ma mère avec lui …il était mort .Moi je n’ai pas assisté à cela  et personne n’a osé ce jour là me raconter l ‘événement , et durant les 10 années qui ont suivi je n’ai jamais su que le CHMILBLIK était mon petit frère.

Cette soirée là j’avais accompagné des amis à une fête très loin de Alle .

Et comme on me l’avait proposé j’avais laissé ma « deux chevaux »  au parking de Récréalle . Je m’ennuyais à cette soirée, j’étais mal dans ma peau, je regardais l’heure sans arrêt  , je souhaitais que le temps passe plus vite…qu’on rentre à Alle …Sur le mur de la salle juste en face de moi se trouvait une grande horloge … aux premiers regards je n’y avais pas prêté attention, mais cette horloge ne fonctionnait pas …elle était arrêtée sur 2 heures et quart …chaque fois que je levais les yeux je lisais  2 heures et quart …et c’est seulement à 4 heures du matin que les fêtards mes amis ont jugé bon  de reprendre la route . Ma de-ch m’attendait sur le parking , mais une autre voiture était garée à côté d’elle …c’était  Jacques un ami de mon père qui m’attendait depuis 3 heures pour me préparer au pire .

Le devant de la maison était rempli de bagnoles garées ça et là, on ne voyait pas de lumière à l’intérieur .

Il était là comme un gisant sur la table de la salle à manger entouré de tentures noires , beaucoup de gens étaient là debout, inertes, ma plus jeune tante, la deuxième femme du colonel essuyait avec son mouchoir une légère mousse sortant de la bouche de mon père …elle aussi avait dû fantasmer sur lui ….cela me dérangeait qu’elle le touche, mais je ne savais pas dire pourquoi…alors je me suis approchée de lui en lui disant dans ma tête , mon petit papa , je t’aime tant, j’ai encore tellement besoin de toi   et tu me laisses tomber …j’ai déposé ma main sur son bras et un choc électrique  m’a envahit  …il était froid et dur comme de la pierre ….Je n’ai pas pû l’embrasser , ce n’était plus lui…il était parti  un samedi de Pâques à 2heures et quart du matin à l’âge de 47 ans .

Trois jours plus tard le village était occupé par une foule inconnue ,

les clients-amis de mon père étaient venus des 4 coins de la Belgique , une délégation était venue d’Angleterre , les anciens maquisards s’étaient habillés comme à l’époque   et portaient le drapeau de la victoire. Une chappe de plomb était tombée sur le village , tous les jardins avaient été dépouillés de leurs fleurs . Durant 20 ans  sa tombe n’est jamais restée sans fleur…. puis les fleurs se sont fait plus rare et puis il n’y en a plus eu ….. j’ai supposé que toutes ses amoureuses l’avaient rejoint au pays des rêves là où il est….et là où j’espère qu’il sera encore quand viendra mon tour. On a fermé la maison durant des années  en espérant que les fantômes finiraient par se lasser…. et dans la maison d’à côté ma grand mère s’est emmurée dans son chagrin. Salope de vie .

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