Pourquoi devient-on psy – 06 – Pension suite 6

Dans l’épisode précédant, vous avez deviné combien il est difficile pour un enfant de se construire entre deux énergies  contradictoires …surtout si ces énergies sont représentées par chacun des parents…car quoi qu’il fasse, quoi qu’il pense, s’il n’est pas en opposition avec l’un, il est en opposition avec l’autre…Donc il se sent toujours à moitié orphelin et il n’atteint jamais le degré de satisfaction qu’on attend de lui .

De plus  l’enfant se sent responsable de cette fêlure entre ses parents … et il se ronge de culpabilité .Comme sa survie dépend de la cohésion familiale , il va mettre en œuvre une série de comportements  dans l’espoir de re souder le couple parental  ….

Alors certains enfants vont développer des maladies pour devenir un centre d’intérêt qui oblige les parents à  fonctionner de concert.
Et d’autres tel que moi vont développer de la révolte , de la désobéissance, de  l’indépendance affective voir même de l’indifférence affective . .. pour exister à leurs yeux et faire partie de leur univers…en tous cas c’est comme cela que je le vivais à l’intérieur de moi entre 12 et 16 ans .

Et c’est comme cela que je me suis retrouvée à Namur dans un pensionnat laïque .

C’est presque des vacances si je compare mon nouvel hébergement avec l’internat des « filles de la Sagesse » …J’ai une vraie chambre pour moi toute seule…Avec un escalier métallique extérieur  qui atterrit à ma fenêtre principale qui n’est pas boulonnée. On se promène dans les couloirs et on se rend visite les unes aux autres .
Les surveillantes sont deux jolies nénettes sympas très préoccupées de leur apparence.  On leur parle d’égal à égal ce qui va très vite installer un conflit de pouvoir …

Comme l’internat ne fonctionne pas les week-ends ,

je prends le train tous les lundis matins vers Namur …et je reprends le train tous les samedis midi vers Bruxelles …
L’uniforme n’existe pas dans ce genre d’institution …alors croyant manifester ma liberté , je saute à pieds joints dans ce qui s’appelle alors le « blue-jeans » qui deviendra à notre insu le nouvel uniforme  de la jeunesse pour les 50 années à venir .

Comme je suis une enfant unique réfugiée dans son grenier ,

je ne connais pas bien les codes de comportements en groupe ! Donc je suis  directe et je dis tout ce que je pense !
Chez les sœurs  c’était facile …la discipline étant  tellement sévère , il n’y avait pas de place pour l’interprétation , soit on obéit, soit on désobéit … s’est tout simple !
Lorsqu’il y a plus de  laxisme , quand les balises ne sont pas bien définies l’enfant est amené à prendre des initiatives , pas toujours heureuses parce qu’il n’a pas appris ce qui se fait et ce qui ne se fait pas… Ce qui se dit et ce qui ne se dit pas…
Alors ayant une nature trop franche , non calculatrice , très vite j’ai été  cataloguée comme enfant sauvage, indisciplinée et incontrôlable … ce qui une fois de plus anéantissait ma mère  qui aurait voulu une poupée Barbie.

Une nuit à la fin du mois de septembre ,

je suis réveillée par un chambard provenant de l’escalier métallique extérieur… Des garçons entrent dans ma  chambre  et envahissent tous les couloirs… C’est la Saint Verhaegen  et ce sont les étudiants de la faculté de médecine qui viennent rendre visite aux pensionnaires de 6e année… Je tombe des nues  …
On m’accuse d’être leur complice …et me voilà confrontée une fois de plus à une injustice inqualifiable …
La direction décide de m’adjoindre   une compagne de chambre pour me surveiller  .
Et dès le lendemain une fille de 18 ans s’installe avec tout son barda, ses photos, sa radio, son sèche-cheveux  qui fait du bruit et ses bouteilles de Martini cachées au fond de sa valise…me revoilà confrontée aux inepties de l’autorité . On veut me faire surveiller par une « Grande » qui ne sait pas se surveiller elle-même  .

Mais cette promiscuité suscite les confidences

et cette grande fille connaît tellement de choses que je ne connais pas…elle a un amoureux  …que dis-je un fiancé qu’elle va épousé dans quelques mois  et elle est tellement habitée par l’amour pour ce garçon qu’elle ne peut s’empêcher de me raconter par le détail tous les jeux amoureux qu’elle pratique avec lui …
En quelques semaines j’ai pris 4 ans de maturité…

C’est le week-end , je farfouille en cachette dans la garde-robe de ma mère

pour admirer les nouveaux vêtements qu’elle s’est faits afin d’être éblouissante  sur le stand au salon commercial international du Heysel …c’est là que mon père assoit son entreprise qui est devenue florissante en cette année 1955 .
Mes yeux restent accrochés à une somptueuse robe moussante blanche parsemée de fleurettes pastels .   Le haut se finit par une coulisse élastique qui permet de descendre l’encolure pour dégager les épaules …c’est irrésistible !  C’est d’une féminité à vous couper le souffle .
J’enfile la robe et je cherche mon meilleur profil en me regardant dans le grand miroir  de la chambre de mes parents …je décide de descendre d’un étage pour aller me faire admirer et je tombe sur mon père , qui dérangé par le froufrou de la soie,  abaisse son journal et dit : «  tu as l’air d’une babelutte » …

Ce  père , le premier homme de ma vie …

celui sur lequel je bâtirai toutes mes références du futur …celui que je chercherai à conquérir ou à punir , au travers  de tous les  hommes que je serai amenée à rencontrer dans ma vie ..
Ce père-là vient de programmer en moi un mécanisme de défense qui deviendra compulsif …… « Ne fais pas confiance aux hommes ils ne voient que l’apparence …il y a les Pin-up et il y a les babeluttes » .
De rage je remonte d’un étage j’enlève cette robe ridicule, je casse mon cochon tirelire …j’ai besoin d’argent … je dois effacer cet affront le plus rapidement possible …

Alors je me lance dans les rues de Bruxelles ce samedi après midi …

quelques pharmacies sont de garde , elles sont aux antipodes l’une de l’autre, qu’à cela ne tienne , je vais marcher des kilomètres  c’est ma première contribution à mon amincissement .
Dans la première pharmacie , j’explique que l’on m’a parlé une pilule miracle qui coupe la faim… le pharmacien me toise , me dit le nom du produit  et me demande mon âge  ( 14 ans ) …il  m’annonce que j’ai besoin d’une ordonnance et de la permission de mes parents. .. !
5 km plus loin, j’entre dans une autre pharmacie , le pharmacien me dit : que désirez-vous, mademoiselle… Je voudrais une boîte de « Ménutil » comme celle que vous m’avez vendu le mois passé … oui me dit le pharmacien avez-vous une nouvelle ordonnance ….Pas de chance je l’ai laissée à l’internat dans le tiroir de ma table de nuit  et je ne reviens pas tous les week-ends ….Bien dit-il … quel âge avez-vous ?  J’ai 18 ans …
Et là son regard se pose vraiment sur moi , il me fait un léger sourire compatissant et il dépose la boîte tant convoitée devant moi …je paie et je m’encoure comme une voleuse mes poumons vont exploser dans ma poitrine .
Ca y est,  je vais pouvoir  jeuner et perdre ma graisse de bébé …

Très vite je découvre les effets secondaires du médicament

qui me met dans un état euphorique éblouissant…je ne suis plus que «  adrénaline » mon esprit travaille dix fois plus vite,  je suis en ébullition 18 heures sur 24 , je dors à peine  et je fond comme neige au soleil…je perds 10kg sur le mois  et je dois m’accrocher au rebord du tableau  quand on me demande d’aller faire un calcul devant la classe …j’ai 6 de tension …Mais je suis fière de moi …à table je fais semblant de manger mais je glisse tout dans ma serviette …. je suis devenue une belle jeune fille toute mince .

Je ne le sais pas encore ,

mais je viens d’entrer dans un processus que je cultiverai durant 33 ans …jusqu’à ce que ce genre de médicaments soient retirés de la vente .
J’ai pris goût aux amphétamines qui multiplient mon potentiel intellectuel et physique …
pendant 33 ans je vais abattre des montagnes , je vais développer  4 ou 5 métiers différents, je vais créer 3 entreprises et tout cela en plus de mon métier de prof à plein temps …
Ma vie a été un tourbillon de créativité ….
Mais heureusement que je suis née avec une bonne étoile qui a toujours veillé sur moi ….sans quoi j’aurais pû me perdre dans cette addiction et devenir tout le contraire de ce que j’ai été.

Merci la vie .

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